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 Des sauvages et de la civilisation

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MessageSujet: Des sauvages et de la civilisation   Des sauvages et de la civilisation Icon_minitimeDim 8 Juin 2014 - 23:25

Derrière ce titre -provisoire- un peu pompeux, se trouve une réalité plus modeste, je pense, qui vous plaira j'espère.
En tout cas, c'est ici, si vous souhaitez prendre la peine de commenter !
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MessageSujet: Des sauvages et de la civilisation   Des sauvages et de la civilisation Icon_minitimeDim 8 Juin 2014 - 23:26

Bonsoir !
Come back rime avec nouveau roman débarque...
Mon projet était, tout à la fois, de m'intéresser aux questions du racisme, de la solitude, de la différence et du bonheur, de raconter une histoire intéressante et je l'espère prenante, et de me lancer dans quelque chose pour un public plus adulte, plus réfléchi peut-être.
Mais j'ai voulu éviter de faire trop sérieux, et j'espère avoir réussi.


Voici, avant d'oublier le lien vers les commentaires :

https://ecrire.forumactif.org/t5577-des-sauvages-et-de-la-civilisation

Double PS :
*Désolé pour la mise en page plus que moyenne, open office et le copier-coller ...
**J'ai hésité sur la bonne section où poster ceci... entre roman contemporain, roman SF et roman fantasy, car mon texte a des aspects des trois... j'ai choisi cette section, mais quelqu'un souhaite le déplacer en SF par exemple, je n'ai rien contre.


Dernière édition par fosiliaz le Dim 8 Juin 2014 - 23:40, édité 1 fois
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MessageSujet: Chapitre 1 Extrait 1   Des sauvages et de la civilisation Icon_minitimeDim 8 Juin 2014 - 23:33



version initiale:
 


Version corrigée

Chapitre 1 Extrait 1


« Tué par un sauvage ! ». Tel était le titre principal du journal que je tenais entre les mains. En lisant le début de l'article, je ne pus m'empêcher de soupirer. Décidément, la paix affirmée par tous était bien fragile ! Il s'agissait d'un homme d'une cinquantaine d'année porté disparu depuis quelques jours, que l'on avait retrouvé gisant dans une mare de sang, dans la forêt, le corps percé de plusieurs coups de couteau. Il aurait, comme le laissait entendre explicitement le titre de l'article, succombé sous les mains d'un sauvage. Les informations restaient évasives, ni témoins, ni preuves. La piste d'un assassinat commis par un de ceux qu'ils appelaient sauvages – un peuple qui vivait dans les profondeurs de la forêt : les Malakas – n'était qu'une hypothèse. Rien ne prouvait qu'ils fussent en cause. Rien, donc, ne justifiait l'usage d'une telle accroche. Je ne pus m'empêcher de me sentir outré. Ce n'était, songeai-je, ni plus ni moins que de la propagande, de la manipulation. Ou comment dresser les hommes de la ville contre ce peuple qui n'avait rien demandé et, presque à coup sûr, n'avait joué aucun rôle dans ce crime qu'on lui attribuait. Comme s'il y avait besoin de cela.

De mémoire d'homme, les Malakas avaient toujours été vus d'un mauvais œil. On leur attribuait souvent divers méfaits. À tort, chaque fois. Une telle réputation ne se méritait pas, elle existait, sans que nul ne sache l'expliquer. Les sauvages étaient des voleurs, des brigands, des égorgeurs impitoyables ; c'était tout juste s'ils n'étaient pas taxés de cannibales dévorant leurs propres enfants, mais personne n'aurait su dire pourquoi tout le monde les voyait ainsi. Ce paradoxe était d'autant plus énigmatique que jamais un sauvage n'avait été accusé de quelque délit que ce soit. En fait, jamais un sauvage n'avait commis de délit...

S'il fallait chercher une raison à ce traitement de faveur, ou plutôt de défaveur, peut-être était-ce dû au simple fait qu'ils vécussent hors de la ville, à l'écart de ce que l'on pouvait appeler pompeusement la civilisation. À nos yeux d'urbains ces ruraux sales et sots aux huttes branlantes n'étaient guère que de vulgaires péquenauds.

Pour ma part, je n'avais rien de particulier à leur reprocher. Je ne les aimais pas... pourquoi les aurais-je aimés ? Mais je n'éprouvais ni haine ni mépris pour ces hommes excentriques. On les détestait, les vilipendait, les accusant de milles fléaux fantômes ; je me contentais de les ignorer. Je n'avais guère pour eux que de l'indifférence. Je déplorais, en revanche, la naïveté crédule de mes semblables, pitoyablement désolante. Il était si aisé de leur faire gober quelque idiotie que ce soit !


Tout à coup, un sifflement retentit, qui me sortit de ma torpeur : la sonnerie de cet étrange ustensile qui me servait à communiquer avec le monde extérieur depuis mon modeste appartement. Je pliai en hâte mon journal et le jetai. Il traversa les airs vivement, pour s'en aller retomber sur une petite table. Ce faisant, je bondis de mon siège et me ruai sur l'objet dont les stridulations causaient tout ce tapage. Le combiné en main j'en pressai la touche sur laquelle étaient dessinés à l'encre verte délicate les contours d'un téléphone.

Une voix résonna dans mon oreille droite. Je la reconnus aussitôt, sans hésitation possible il s'agissait de celle de mon ami Charles. Le seul être, en fait, que je voyais comme un ami. La seule personne en ce bas monde pour laquelle j'avais de la considération. Premier né de parents aisés, il n'avait jamais trop apprécié son nom, trop révélateur, selon lui, de ses origines sociales. Pour cette raison, je l'appelais Charly... Il avait toujours voulu se fondre dans la masse, être comme tout le monde, quelqu'un d'ordinaire. Tout le contraire de moi...
- Oui ? Ah bonjour Charly ! Pourquoi appelles-tu ?
- Tu peux venir cet après-midi au café à côté de chez moi ? J'ai quelqu'un à te présenter.
- Qui ?
- Tu verras si tu viens...

J'eus beau insister lourdement, il ne céda pas, défendant son secret avec une hargne presque infantile. Je finis par me résigner et raccrocher, un sourire aux lèvres. Moi qui ne savais pas comment occuper mon après-midi, ce problème était désormais résolu. J'avais rendez-vous à quinze heures...


***

J'avalai mon repas. D'une gorgée, littéralement. En guise de festin, une minuscule pilule. Une gélule ridicule, sans goût, qui contenait en condensé, au microgramme près, tous les nutriments, toutes les vitamines, le compte exact des calories dont mon corps avait besoin. C'était là mon unique repas de la journée. Pratique. Incontestablement... Tel était le cœur du projet qu'avait été Callipolis : la ville idéale avait été voulue ainsi, simplifiant à l'extrême la vie de ses habitants. La simplifiant, à mon sens, jusqu'à la faire disparaître...


Moins vingt... J'allais finir par être en retard. Il était temps d'y aller. Charles habitait à quelques kilomètres de chez moi. Une petite dizaine, peut-être un peu moins. À vrai dire je ne m'étais jamais posé la question ...

J'enfilai péniblement mon imperméable. Péniblement ? Je m'emmêlai les pinceaux, la manche droite se dérobant devant mon bras, et je dus m'y reprendre à deux fois. Instinctivement je vérifiai du regard que personne alentour ne me regardait. Un réflexe stupide : il était impossible que quelqu'un fut entré chez moi sans que je m'en aperçoive. Je secouai la tête, quelque peu agacé. Quel empoté faisais-je !

Enfin attifé de mon blouson, qui, d'ailleurs, en cet instant, était d'une remarquable inutilité puisqu'un soleil radieux couvait la rue de ses reflets éblouissants, je débouchai sur la vaste avenue. Je ne m'attendais pas à un tel beau temps. Les journées ensoleillées se faisaient rares, ici. Notre ville, peut-être le nom de cité ou même d'état étaient-ils plus adéquats, bénéficiait en effet d'un climat plutôt chaud, parfois trop, mais, en contrepartie, le ciel déversait bien souvent sur nous ses litres superflus.

Un instant je tergiversai : devais-je rentrer et déposer mon blouson, où me rendre au rendez-vous en le portant sur mes épaules ? En y songeant, l'une comme l'autre option avaient ses avantages et ses inconvénients. En laissant mon imper dans mon hall d'entrée, je prendrais le risque de me mettre en retard. Mais, si à l'inverse, je le conservais sur moi, j'arriverais dégoulinant de sueur... J'optai finalement pour la solution intermédiaire, mitigée. Pourquoi n'y avais-je pas pensé plus tôt, me demanderez-vous, à raison ? Ainsi va la vie : parfois, les idées ne nous traversent qu'une poignée de secondes après le moment où la logique eut voulu qu'elles nous viennent à l'esprit. Toujours est-il qu'il n'y avait pas de quoi en faire d'interminables débats ; j'ôtai le vêtement que j'avais eu tant de mal à enfiler, poursuivant ma route en le tenant à la main.


Dernière édition par fosiliaz le Mar 29 Juil 2014 - 17:23, édité 1 fois
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MessageSujet: Chapitre 1 Extrait 2   Des sauvages et de la civilisation Icon_minitimeDim 8 Juin 2014 - 23:37

Chapitre 1 Extrait 2

Version initiale:
 


Version corrigée


Une petite centaine de mètres plus loin j'arrivai à la station de métro. Prenant une grande respiration, j'engloutis une monstrueuse goulée d'air frais avant de m'avancer sur l'escalator et de pénétrer dans l'atmosphère viciée des cavités souterraines. Sans aucune hésitation, puisque j'avais emprunté ce chemin des milliers de fois, je m'engageai sur le quai de la ligne 3, en direction de l'hôpital sainte Olympe. Curieusement cette agrégation des deux mots « sainte » et « Olympe » avait quelque chose de paradoxal, de presque aberrant, dans le sens où du temps des Grecs de l'Antiquité, l'Olympe était la terre des Dieux, sacrée, et la notion de sainteté, chrétienne, appartenait à l'avenir. En revanche, la référence aux racines de la Grèce antique n'avait rien d'insolite dans une cité qui avait pour nom Callipolis. Un nom empreint de magnificence et lourd de sous-entendus. Callipolis, ou l'espoir, le rêve, l'utopie fantastique d'une ville idéale placée sous l'égide de la pensée et de la sagesse. La cité utopique de Platon... Hélas, à mon humble avis, notre Callipolis en était bien loin.

Dans un fracas assourdissant, le métro fit son apparition. Sa silhouette monstrueuse projetait son ombre sur le quai tout entier. Les crissements des freins, stridents, s'élevèrent en sifflant. Comme la masse uniforme, à la géométrie parfaite, me croisait, elle m'arrosa de vent. Ce vent était frais, comme de coutume : à une trentaine de mètres sous le sol, la chaleur n'était jamais torride. Ma peau chauffée par le soleil, accueillit ce rafraîchissement avec bonheur. La foule d'anonymes, nombreuse et dépourvue d'intérêt, s'agglutina aussitôt au bord du quai, qu'une vitre blanchâtre opaque et épaisse séparait de la voie. Les voix de ces hommes et femmes, surexcités tels des animaux que l'on s'apprêtait à nourrir, se mêlèrent au vacarme. Les portes coulissèrent. En cet infime instant où l'ouverture béante se dévoila, le temps fut comme suspendu. Puis, la plèbe braillarde s'arma comme un seul corps, et laissant à peine sortir les précédents locataires du métro, s'y engouffra violemment. L'on poussait de tous côtés, si bien que je me retrouvai bientôt, alors que la sirène résonnait pour annoncer la fermeture des portes, acculé contre une vitre. Le wagon était comble, surpeuplé, bondé. Ç'en était presque irrespirable.

Voilà pourquoi j'aimais mieux sortir le moins possible de chez moi. L'atmosphère confinée et restreinte de ma petite piaule m'était un oasis de prospérité, un havre de paix. Là, seulement, je me sentais à l'aise, parfaitement moi-même. Chez moi... Partout ailleurs, je n'étais pas à ma place, comme un intrus qui se serait trouvé en ces lieux par erreur. Je haïssais la foule ; elle m'ignorait. Pour elle, je n'étais guère plus qu'un simple pion perdu parmi la multitude de mes semblables. J'avais la sensation, tout à la fois étrange et fascinante, tantôt écœurante et tantôt formidable, d'être le seul être véritablement doué de conscience. Peut-être n'était-ce qu'une pensée arrogante ou méprisante ? Rien de tout cela, pensais-je, simplement la triste et dure réalité. Je n'étais bien qu'un pion, en effet, mais apparemment le seul à s'en être rendu compte.

« Ici n'ayez pas peur, nous créons le bonheur ». Ces mots que l'on pouvait voir à chaque coin de rue, sur les vitres de chaque boutique, sur chaque boite de pilules, illustraient tout ce que je reprochais à cette ville. À ma ville. La science avait fini par triompher sur le destin. Nous étions parvenus à gommer la fatalité.  Orchestrées au millimètre dès la naissance, nos vies étaient toutes tracées. Plus de peur, plus de malheur, plus de mauvaises surprises... Le bonheur à l'état pur. Ce devait être vrai. Mais pas pour moi. Que valait une vie sans surprise ? Une vie de robots.  

Coincé au cœur de la cohue, je me laissai bercer au gré des arrêts, des entrées et sorties de ces innombrables inconnus qui se gardaient toujours de m'adresser le moindre regard. Toute la différence était là : pour eux, je n'existais pas, pour moi, ils avaient le malheur d'exister.

Saint machin, gare truc, école des je-ne-sais-quoi... Les stations défilaient, puis, enfin, quand pour la septième fois la voix électronique s'éleva des orifices alvéolaires du haut-parleur qui crachait dans mon oreille, le nom que j'attendais fut annoncé. Je jouai des coudes, me frayant péniblement un chemin jusqu'à la sortie. Au moment où mon pied foula le quai, je soupirai d'aise. Enfin, la sensation d'oppression allait s'estomper. Un coup d’œil à ma montre, il ne me restait plus que cinq minutes pour rallier le café où m'attendaient Charly et son mystérieux inconnu.

Je sortis en vitesse des tunnels souterrains, pour déboucher enfin à l'air libre. Je retrouvai, non sans satisfaction, le soleil et ses délicieux rayons qui m'effleuraient de leur chaleur bénie. Je retrouvai aussi ces gigantesques bannières en travers des rues, qui se proposaient de rappeler à tous la perfection de Callipolis. Les fameux slogans « Tous en paix, tous heureux », « Nous créons votre bonheur », alternaient avec les affiches qui représentaient les cinq Grands Sages. « Ils sont sages, ils savent ce qui est bon pour vous ». J'ignorai royalement ces formules hypocrites, et poursuivit mon chemin. J'arrivai sur l'immense boulevard où habitait mon ami. Plus qu'une ou deux centaines de mètres et je serais arrivé ! J’emboîtai le pas d'un homme qui, comme je l'observai rapidement de dos, me parût être l'archétype du citoyen lambda. En toutes choses il se situait dans la norme, l'image même de la banalité. Tout à coup, il se retourna. Il croisa mon regard. En silence, il me dévisagea brièvement. Sans que je ne me puisse me l'expliquer, son visage s'éclaira alors d'un sourire ravi. J'étais pétrifié par l'étonnement. Il fit quelque pas vers moi en s'exclamant, quelques mots jaillirent.
- Oh tiens, Ludo, quelle surprise !
Il fut presque un instant sur le point de me prendre dans ses bras avec une fougue que je ne m'expliquai pas. Je baignais dans une mer d'incompréhension. Puis ses joues s’empourprèrent, ses yeux s'arrondirent. Il venait de s'apercevoir de sa méprise. En aucun cas je n'étais ce Ludo avec lequel il m'avait confondu. En aucun cas je ne le connaissais, ni d'ailleurs ne souhaitais le connaître. Il bredouilla de bien maigres excuses, se retourna, et de nouveau il m'oublia, reprenant son chemin comme si rien n'était advenu. Je ne m'en formalisai pas, bien au contraire. En somme cela ne venait que confirmer ce que je pensais déjà : à Callipolis, personne ne regardait les autres, ce qui expliquait ce genre de méprises...

« Café de Spartes ». Je vis l'enseigne et m'arrêtai devant la petite échoppe. En dessous du nom flottait un drapeau, ballotté par le vent, où était inscrit la devise du bar : « venez chez nous, déguster notre succulent café spartiate ». J'avais toujours considéré cette phrase comme le summum de la stupidité : comment quelque chose de spartiate pouvait-il se vanter d'être succulent ? Et d'ailleurs, comment un café pouvait-il être spartiate ? Cela n'avait aucun sens, ni d'ailleurs, sans doute, n'était censé en avoir. L'unique objectif était de « faire bien » : en somme de plaire aux gens... Ce que je me représentai avec une sombre ironie comme le comble de l'insensé. Pour moi s'il eu fallut, en effet, « bien faire », j'entendais par là faire de l'intéressant, du sensé... Mais manifestement notre société décadente avait délaissé toute tentative d'intelligence depuis bien longtemps.

Détournant les yeux du drapeau, je cherchai mon ami, espérant apercevoir sa tête parmi la vingtaine clients attablés qui discutaient bruyamment. Je ne tardai pas à le dénicher, dans un coin de la terrasse baignée par le soleil. Il était assis, devant une petite table de bois qui ne respirait pas la solidité. Curieusement, il était seul. Un verre devant lui. Un « café »... en fait un peu de pigments bruns dans un fond d'eau : il ne fallait pas ingurgiter plus de calories qu'il nous était nécessaire ! Je me dirigeai dans sa direction.


Dernière édition par fosiliaz le Jeu 31 Juil 2014 - 18:32, édité 1 fois
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MessageSujet: Chapitre 1 extrait 3 / 3   Des sauvages et de la civilisation Icon_minitimeMar 29 Juil 2014 - 15:19

Chapitre 1 extrait 3

Joyeusement, il m'accueillit en riant et m'assaillit de questions. Qu'avais-je fait au cours de la semaine qui venait de s'achever ? Avais-je rencontré de jolies filles ? Je souris sans répondre, bien peu désireux de lui expliquer comment, parce que je n'avais en fin de compte rien de mieux à faire, j'avais passé tout mon temps au creux du petit coin de paradis qu'était mon appartement.

Il me raconta son travail et combien il s'y sentais épanoui. Je ne fus pas plus convaincu que cela, mais j'approuvai d'un signe de tête le moindre de ses mots. Il ne m'incombait pas de doucher son enthousiasme. Il avait toujours été d'un tempérament enjoué et rieur, et quand bien même je ne partageais pas sa vision idyllique des choses, bien loin s'en fallait, être son ami ne m'autorisait pas à faire de lui un nouveau moi-même haïssant la société. D'un côté, j'enviai presque sa conception des choses. Comme il devait être plus aisé de vivre au sein d'une société que l'on trouvait agréable, que dans un monde dont on déplorait la déliquescence et l'avilissement, mais aussi le fait qu'il ne créât que des clones incultes.

L'homme que Charly voulait me présenter était en retard. Il ne manqua pas d'arriver cependant. Il commanda une boisson dont le nom m'échappait car fréquenter les cafés n'était pas une de mes habitudes. Enfin, s'asseyant sur la chaise devant moi, il me dévisagea longuement. J'en fus mal à l'aise, mais en même temps quelque peu flatté. De toute évidence, au vu de sa façon de se tenir, cet homme, même s'il était loin d'être impressionnant, n'était pas l'un de ces plébéiens acculturés. Il était quelqu'un, aurait-on pu dire. Qu'une personne de cette trempe s'abaissât à m'adresser la parole était déjà une chose à laquelle je ne m'attendais pas.

- Je suis le général Delaplace, se présenta-t-il tout d'abord, confirmant mes suppositions. Je ne pus m'empêcher de me faire la réflexion que cela me paraissait presque cocasse... Grand d'à peine un mètre soixante-quinze, ce général était frêle et maigrelet. Je n'avais rien d'une armoire à glace, mais il me semblait que d'un coup de poing j'aurais pu l'envoyer valdinguer quinze mètres plus loin. Un bien piètre soldat...

- Enchanté, répondis-je simplement en m'efforçant d'être le plus respectueux possible. Je lui laissai ensuite le soin de reprendre la parole.

- Vous êtes, parait-il sans emploi ? Demanda-t-il, et je me contentai d'acquiescer. S'il est vrai que vous en cherchez un, j'ai peut-être quelque chose qui peut vous intéresser..., poursuivit-il.

Bien sûr, je me doutais qu'il était là pour cela. Charly ne m'aurais jamais demandé de venir pour me présenter à quelqu'un qui n'avait rien à m'apporter. Il me connaissais trop bien pour cela.

- Et de quoi s'agit-il ? L'homme de l'armée ne répondit pas tout de suite.
Il me fixa droit dans les yeux pendant de longues secondes, comme pour me jauger. En aucun cas je ne croyais à la magie où à quelque chose que ce fût qui s'en rapprochait, mais si j'y avait cru, il m'eut semblé que cet étrange général cherchait à sonder mon esprit.

Enfin, après un long silence durant lequel je soutins son regard sans broncher, sa bouche s'ouvrit à nouveau, laissant paraître ses dents d'une blancheur d'albâtre.

- Que pensez-vous de la valeur de la vie ?, m'interrogea-t-il.

Une bien étrange question. Sournoise... En effet, il m'était bien impossible de deviner la réponse qu'il souhaitait entendre.

La valeur de la vie ? Ce n'était à mes yeux qu'une vaste illusion. Qu'un homme meure, on l'oubliait et un autre le remplaçait ; qu'un homme vive, et il n'était qu'un acteur sur le théâtre absurde de la vie. Par essence, l'homme était un carnassier immonde, dévorant ses semblables à coup d'ambition. La mort n'était rien devant la gloire, une vie ne pesait rien face à l'attrait du pouvoir. En somme, Callipolis était une gigantesque scène, d'immenses planches grinçantes où gesticulait le peuple, sans cesse affecté par d'abjectes intrigues condamnées à la vanité. La vie et la mort se donnaient en spectacle, tirant les fils et se jouant avec cynisme de ces bêtes pantins. La vie était donc, songeai-je, dépourvue de valeur, elle se contentait d'être, ou de n'être plus, selon ses caprices et le mouvement des fils.

Je ne répondis pas à sa question, haussant simplement les épaules, avec l'air de celui qui s'en moquait au plus au point. Cela sembla lui suffire. Il me sourit, se leva, remercia Charly.

- Vous êtes embauché, m'annonça-t-il en gratifiant son annonce d'une claque presque amicale dans mon dos. Venez simplement à l'adresse indiquée, demain matin. Et il posa une carte de visite sur la table du bar.

Je ne bronchai pas, comme pétrifié, désarçonné. Je ne comprenais pas ce qui venait de se passer. Le général m'avait à peine parlé deux minutes que déjà il avait pris sa décision. Il partit, me laissant désemparé et interloqué devant un Charly tout sourire.

Stupéfait, je ne savais comment réagir. Devais-je me réjouir ? Devais-je prendre peur ? Je ne savais même pas en quoi consistait le travail que l'on venait de m'attribuer !


Dernière édition par fosiliaz le Mar 29 Juil 2014 - 15:28, édité 1 fois
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MessageSujet: Chapitre 2 extrait 1 / 2   Des sauvages et de la civilisation Icon_minitimeMar 29 Juil 2014 - 15:26

Chapitre 2 Extrait 1

Chapitre 2


Le lendemain, je vins là où l'on m'avait convié. Cela m'avait tout l'air d'être une vieille caserne désaffectée. La bâtisse s'élevait à cinq mètres de haut, ses murs de brique rouge étaient sombres et humides : la pierre avait absorbé partie de l'eau de pluie. En effet, le beau temps de la veille n'avait pas duré. Le soleil ne durait jamais...

Quand j'arrivai, deux hommes m'attendaient, postés au milieu d'une petite cour pavée qui faisait office de sas d'entrée aux bâtiments. Au fur et à mesure que j'approchai, je reconnus l'homme que Charly m'avait présenté au café de Spartes. Le général Delaplace. Une remarque ironique me traversa l'esprit : que le général Delaplace eut justement patienté jusqu'à mon arrivée sur cette espèce petite place ; bien sûr je me gardai de leur en faire part. Le contraire n'eut pas été la plus judicieuse des choses à faire. Bien que ne susse pas grand chose de l'armée et de son fonctionnement, il me semblait évident que l'impertinence n'y serait pas bien vue.

Je les saluai en souriant. Mon sourire était un peu forcé, mais je fis les efforts nécessaires pour que cela passe inaperçu.

-Vous avez déjà rencontré hier le général Delaplace, n'est-ce-pas ? Il n'est donc pas nécessaire que je vous le présente. Pour ma part, même si vous m’appellerez simplement « mon Général », je compte sur vous pour retenir mon nom : Ducrocq. Général Ducrocq...

Je l'assurai de tout l'enchantement qui était le mien d'avoir l'insigne honneur de rencontrer sa personne. Il me félicita de mes bonnes manières et m'invita à le suivre. Au fond de moi, je me sentis presque offusqué de sa conduite. Son attitude paternelle avait quelque chose d'exaspérant. Bon sang, je n'étais plus un gamin auquel on enseignait la politesse et qu'il convenait de gratifier d'un encouragement chaque fois qu'il s'y pliait comme il se devait !

Les deux hommes avaient revêtu leurs uniformes. Je les détaillai discrètement, en suivant leur pas. La tunique était sombre, légèrement bleutée. Sur leurs poitrines, les deux soldats arboraient toutes sortes d'insignes. Ceux-ci ne signifiaient rien pour moi, leurs sens m'étaient inconnus, il n'en restait pas moins qu'en les voyant, je ressentis un sentiment proche du respect à l'encontre des deux généraux. Après tout, j'avais intérêt à me tenir à carreau et à être exemplaire, ceux qui marchaient devant moi n'étaient pas que de simples quidams. Il s'agissait de deux hauts gradés, dont les responsabilités au sein de notre armée étaient importantes. Depuis leur naissance, ils avaient été destinés à diriger. Mieux valait ne pas se mettre à dos des personnages aussi influents que ceux-ci. Ceci dit, dans la mesure du possible, il est toujours préférable de ne pas se mettre à dos qui que ce soit, puissant ou non...

Nous débouchâmes dans une petite salle dont l'aspect vétuste, était presque repoussant. Les murs étaient souillés de coulures jaunâtres et noircis par la pluie. La carrelage affreux qui couvrait le sol sous mes pas était craquelé ici et là, fissuré et fendu. Au milieu de cette sinistre pièce délabrée, trônait un petit bureau de bois, assurément du bois à moindre prix, et trois chaises avaient été glissées autour.

Comme j'y étais invité, je pris place sur l'une d'elles. Avant de m'asseoir, je pris soin de vérifier l'état du siège. Il me sembla en une condition satisfaisante pour m'y installer sans risque. Je m'efforçais de faire cela furtivement et sans être vu. Cet objectif fut un échec : se retournant à cet instant, le général Ducrocq assista à mon manège. Nos regards se croisèrent et il m'adressa un signe de tête rassurant pour m'assurer qu'il comprenait ; son collègue ne se rendit compte de rien.

Quand nous eûmes tous les trois pris place, Ducrocq fut le premier à parler. Sa voix à la fois chaude et rauque, calme et sérieuse s'éleva à travers la pièce.
- Il est temps, je crois, de vous apprendre le travail pour lequel nous vous rémunérerons, commença-t-il. Il était temps effet, songeais-je sans mot dire. Tout d'abord sachez que nous avons fait des recherches sur votre compte. (mon cœur se serra un instant) Il n'y a rien de particulier à signaler sinon votre doctorat de littérature. Un bien beau diplôme pour une bien piètre situation n'est-ce pas ? Cela m'attriste de voir que des hommes aussi cultivés que vous sont au chômage... C'est pourquoi – voyez notre clémence ! - nous vous offrons d'office une première promotion avant même que vous n'ayez commencé à travailler, poursuivit-il, et ses mots eurent l'effet escompté : la satisfaction s'empara de mon visage, ce qui ne manqua pas de faire sourire Delaplace.

Néanmoins, Je gardai cependant toujours à l'esprit le fait qu'ils ne m'avaient toujours pas dit ce que je serai censé faire. Plus ils tardaient à le faire, plus je m'en inquiétait... Et le regard gêné que Ducrocq lança à son collègue, comme pour lui demander de reprendre le flambeau, ne fut pas pour me rassurer. Ce fut d'ailleurs Delaplace, justement, qui me parla à son tour, l'air légèrement hésitant. Il n'y alla pas par quatre chemins.
- Votre boulot sera de tuer des gens, lâcha-t-il.

Il avait été droit au but, ses mots me firent l'effet d'une bombe. Je tiquai sur le terme « tuer ». J'aurais probablement dû m'en douter... après tout de la part de l'armée à quoi aurais-je pu m'attendre d'autre ? Peut-être à faire la plonge, ou ce genre de chose... mais non, ma tâche serait hélas toute autre.

Je bredouillais un ou deux mots, totalement dépourvu de sens, avant d'abandonner l'idée même de m'exprimer.

- Il vous est possible de refuser. D'autres prendrons votre place, soyez-en assuré, me souffla le général Delaplace d'un air faussement emprunt de sympathie. S'il croyait que sa menace m'échapperait, il se trompait : je compris tout à fait le sens de ses mots ; il leur fallait quelqu'un pour cette mission, et peu leur importait que ce fut moi ou non...

Je restai quelque instants silencieux, le temps de reprendre mes esprits plus qu'autre chose.
- Qui ? Dis-je enfin.
- Les sauvages, répondit Delaplace, la voix chargée de mépris.

Si je fus tout d'abord surpris, je me souvins bientôt de l'article dans le journal et le rapprochement ne tarda pas à se faire dans mon esprit. Que l'accusation de meurtre fut fondée ou non, peu importait, c'était un prétexte pour se débarrasser de ces gêneurs qui, vivant à l'écart de toute civilisation, risquaient de faire germer dans l'esprit de certains l'idée que le modèle de Callipolis ne fut pas le seul adéquat.

La question qui se posait à moi était somme toute très simple. Étais-je prêt à ôter la vie d'un homme ? De plusieurs ? À vrai dire, je l'ignorai. Plus simplement, jusqu'où étais-je prêt à aller pour avoir un boulot ? Devais-je accepter celui-ci, quand bien même il me faudrait jouer avec la vie d'inconnus ? Je sentais les regards des deux généraux braqués sur moi. Ils attendaient ma réponse patiemment, suspendus à mes lèvres. Suivant ce que j'allais dire, ils pouvaient me féliciter, ou m'oublier...

Manifestement, la question de la veille n'était pas anodine. Que valait la vie ? Ma réponse était inchangée : elle n'était qu'un spectacle illusoire joué par des acteurs poussés par la gloire, haïssables... Mais de là à leur ôter la vie ! Toutefois, une idée nouvelle me vint, qui me parût valoir la peine d'être pesée. Je la ressassai quelques instants au fond de mon esprit. Sa justesse me troublait. Ou peut-être était-ce plutôt ce que l'accepter signifiait ? Mais j'eus beau vouloir m'en défaire, elle s'accrocha à moi, telle une sangsue, suçant ma volonté, aspirant mes doutes. Après tout, quoi que je choisisse, au pire un autre serait pris à ma place. En définitive, les hommes que je risquais d'abattre en acceptant cet emploi, un autre se chargerait de les occire à ma place si je refusais. Ils étaient donc de toute façon condamnés. Leur sort était scellé. Si ce n'est de la mienne, ils mourraient de la main d'un autre... Fort de ce triste constat, ma décision allait de soi. Je n'étais pas ce meurtrier, qui acceptait de tuer pour de l'argent, j'étais cet homme qui ne serait que le pion du destin.

- D'accord..., dis-je simplement, et les deux généraux sourirent, satisfaits de la tournure que prenaient les événements.

***


La déflagration retentit. Le bruit fut si assourdissant, que je sursautai en même temps. Mon geste intempestif gâcha toutes chances que mon tir n'aboutisse. Ma balle alla se ficher dans les immenses bâches plastifiées, tendues derrière les cibles. Ces immenses toiles verdâtres étaient, je le voyais d'ici, bien que pourtant bien à près de trente mètres d'elles, criblées de trous. Je n'étais manifestement pas le premier, et certainement pas non plus le dernier, à manquer l'objectif aussi largement.

L'homme auquel incombait la lourde tâche de me former, en quelques jours, à cet art qu'était la capacité à savoir viser au moins convenablement, était le colonel Hartz. Il s'agissait d'un solide gaillard qui approchait la cinquantaine. Ses cheveux grisonnants lui auraient peut-être attiré quelques moqueries, s'il n'avait pas été craint de tous. Pourtant, il m'apparaissait comme plutôt sympathique, quoique autoritaire, ainsi que l'exigeait sa fonction... Peut-être cette crainte s'expliquait-elle aussi par le physique. Hartz était l'archétype de ce que j'aurais eu tendance à appeler vulgairement un « bœuf ». Les épaules carrées, la stature droite et massive, près de deux mètres de haut, des bras monstrueux et un regard vif, sans oublier les cent-vingts bons kilos que devait afficher sa balance, il était pour le moins intimidant.

Je le regardai piteusement, l'air désolé, et il me sourit, l'air de dire que je ferais mieux la fois suivante. Ce qui, en soi, était une évidence : de toute manière il m'était impossible de faire pire !
- Ne vous concentrez pas sur le bruit de l'arme, focalisez votre attention sur la cible et essayez d'avoir un geste assuré.

Je retentai ma chance, sans plus de réussite. Le projectile qui s'échappa du canon de l'arme, invisible, alla à nouveau percer le plastique. Je ne pus toutefois m'empêcher de remarquer que la marque était déjà plus proche de la cible, bien qu'encore éloignée d'elle d'un bon mètre. Il y avait déjà du mieux.
- Votre main a tendance à trembler. Tâchez de vous détendre, ne vous crispez pas lorsque vous appuyez sur la gâchette.

J'essayai, mais là encore le succès ne fut pas au rendez-vous. Le colonel Hartz me prodigua de nouveaux conseils, puis je recommençai. Je passai ainsi plusieurs heures, et mes tentatives infructueuses avaient chaque fois un aspect plus déprimant.
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